La Bolivie orientale

Santa Cruz

Nous arrivons à Santa Cruz après un long bus de nuit et nous nous installons dans une auberge où vivent également deux toucans.

Ce sont des oiseaux vraiment bizarres, qui n’ont presque pas l’air d’être réels. On dirait que quelqu’un leur a collé un bec énorme et dessiné des yeux au feutre. Austin les apprivoise rapidement tandis que je garde mes distances.

Le tourisme en Bolivie est surtout concentré à l’ouest du pays et Santa Cruz est situé à l’est, relativement proche de la frontière brésilienne. On est loin de l’image typique de la Bolivie des hautes Andes; ici il fait chaud, humide, et la jungle est à notre porte. Les habitants de la région sont d’une ethnicité complètement différente, et ils ont également un accent qui nous est très difficile de comprendre.

Santa Cruz est la ville la plus peuplée de Bolivie, mais n’en a pas l’air puisque la plupart des immeubles de dépassent pas deux étages.

On se rend vite compte que les “cruceños” ont un certain penchant pour la fête; il est jeudi soir et les rues sont pleines de monde, de tout âge, habillés pour sortir. Après dîner, nous tombons par hasard sur un concert d’une chanteuse accompagnée de plusieurs danseurs, qui chante des chansons sur l’esprit festif des habitants de la Bolivie orientale.

Le lendemain, nous découvrons une rue où se suivent plusieurs dizaines de magasins de costumes traditionnels magnifiques et très élaborés, chacun rempli de jeunes qui louent ces costumes pour les fêtes locales. On est à deux doigts d’acheter un costume complet de “China Morena”, bottes et chapeau compris mais finalement, les prix qu’on nous propose sont trop élevés. Regrettera-t’on notre décision?

China Morena

Un costume complet de China Morena

Probablement.

Ginger’s Paradise

De Santa Cruz, nous prenons un minibus qui nous laisse deux heures plus loin devant l’entrée de Ginger’s Paradise, une ferme organique où nous souhaitons passer quelques jours. Le chauffeur nous dépose devant un pont suspendu qui traverse une rivière.

Le pont est loin d’être stable et chaque planche plie sous nos pas…

Nous marchons une dizaine de minutes après avoir passé le pont, et nous trouvons la famille qui tient la ferme en train de déjeuner accompagnée de deux autres visiteurs.

Nous passons deux jours à la ferme et nous apprenons quelques aspects de la vie et du travail dans une ferme qui produit pratiquement tout dont la famille a besoin pour vivre. Cette famille est composée de six personnes; un américain ex-star d’un groupe de rock, sa femme bolivienne et leurs quatre enfants qui ont de un à quinze ans.

Construction d’une maison avec des briques d’adobe

Récolte d’argile

La famille produit une multitude de choses; ils ont par exemple des ruches d’abeilles et nous avons la chance de tomber en pleine récolte. Nous participons au processus de séparation du miel des alvéoles à l’aide d’une centrifugeuse manuelle. Ils font aussi du vin, plusieurs types de liqueur, de la bière, ils pressent des cannes à sucre, font du café et du chocolat et fabriquent des briques en adobe.

Orquidea, ma meilleure amie pendant ces deux jours

Les enfants sont tous très matures pour leur âge et nous passons de très bons moments avec eux. Austin a une anecdote amusante avec Ginger, neuf ans, qui lui demande s’il peut lui raconter une blague. Ne trouvant pas de blague, il lui explique qu’il n’a pas une très bonne mémoire et qu’il n’arrive donc pas à s’en rappeler d’aucune.

Elle reste silencieuse pendant une minute puis lui demande, “Tu as eu d’autres copines avant Léa?” Il lui répond que oui, plutôt surpris par la question. Ni une ni deux, elle lui rétorque, “Si tu peux te rappeler de ça, ça veut dire que t’as pas une si mauvaise mémoire que ça et que tu peux te souvenir d’au moins une blague.”

Bonne répartie pour son âge.

La mère des enfants nous donne une description très complète de comment le projet d’ouvrir cette ferme est né et combien il a fallu de temps pour qu’elle devienne ce qu’elle est aujourd’hui. C’est une femme très intelligente et réfléchie qui a des journées bien remplies.

Le père a une personnalité très exubérante qui peut être amusante au départ mais qui révèle assez vite un ego exacerbé qui est difficile à supporter, doublé par une certaine ignorance et un racisme qu’il n’hésite pas à exprimer. Quelques commentaires lancés pendant les dîners nous font nous demander si on ne devrait pas partir pendant la nuit.

Probablement un effet indésirable d’un passage de statut de rockstar à celui d’ermite.

Nous quittons la ferme après deux jours en emportant avec nous les bons souvenirs (surtout avec les enfants) et les nombreuses choses que nous avons apprises, en laissant le reste derrière nous.

Samaipata

De Ginger’s Paradise, nous montons dans un autre minibus en direction de Samaipata, à environ une heure de là. C’est une petite ville agréable qui sert de lieu de vacances aux habitants de Santa Cruz et qui offre de nombreuses ballades et sorties d’une journée. C’est aussi l’un des points d’entrée de la jungle bolivienne.

Nous passons la première journée à se promener dans les collines autour de la ville pour avoir une vue d’ensemble, et nous remettre de nos émotions des derniers jours.

Le lendemain nous nous rendons à Las Cuevas, une série de trois cascades qui donnent toutes sur des piscines naturelles. Et nous avons les cascades à nous tous seuls!

Après avoir profité de l’eau fraîche des cascades, nous allons visiter l’attraction principale de la ville; les ruines d’El Fuerte. El Fuerte est une pierre énorme de près de 100 mètres qui a été sculptée et creusée puis utilisée en tant que temple par les civilisations Incas et pré-Incas.

Nous n’avons malheureusement pas le temps pour une nouvelle aventure dans la jungle; nous décidons donc de prendre un bus de nuit vers la ville de Sucre, au sud-ouest du pays.

Mais ce n’est pas aussi simple que ça.

On nous prévient dans la journée que notre bus risque de ne pas passer puisque des manifestants bloquent la route. Ce genre de manifestation arrive souvent en Bolivie, et le gouvernement ne peut pas vraiment les empêcher, puisque c’est le président actuel qui a commencé ce mode de protestation au début de sa carrière politique.

Donc on attend de voir s’il y a une amélioration.

Les habitants de Samaipata nous préviennent qu’il est peu probable qu’un grand bus passe ce soir-là, mais il nous conseillent d’attendre au péage à l’entrée de la ville au cas où un autre véhicule passe.

Mouais…. Pas très accueillant. On se décide finalement pour une nuit d’hôtel supplémentaire afin de réessayer le lendemain.

On se réveille le jour d’après, déterminés à se rendre à Sucre par tous les moyens possible. On pense d’abord à faire un énorme détour de plusieurs centaines de kilomètres en passant par Cochabamba, 12 heures au nord, puis de redescendre 10 heures vers le sud.

Mais avant de mettre ce plan en action, on a une dernière idée de génie. Même si c’est en sens inverse, pourquoi ne pas retourner à Santa Cruz, à trois heures d’ici et voir si on y a plus de chance?

On retourne donc à l’est vers Santa Cruz.

Mais mauvaise nouvelle: il a fait un orage pendant la nuit, et il y a de gros rochers en plein milieu de la route qui empêchent la circulation dans les deux sens. Tout le monde sort des voitures et quelques bribes de conversations nous apprennent que “la machine” va bientôt arriver. On attend donc cette fameuse machine pendant bien deux heures et apparaît finalement un minuscule bulldozer, plus petit que certain des rochers, et commence son laborieux travail.

On patiente encore quelques heures, mais c’est toujours mieux que d’être allés à Cochabamba.

Nous arrivons finalement au terminal de bus de Santa Cruz et nous trouvons un bus qui prend une route un peu plus longue pour Sucre afin d’éviter le blocage qui continue. C’est un bus qui n’est pas très comfortable, puisque les compagnies de bus ne veulent pas envoyer leurs plus beaux véhicules sur les routes alternatives. On commence notre long voyage  sur une route de pierre, rythmée par les bruits de bulles de chewing-gum que la femme assise derrière nous fait éclater bruyamment.

Alors que ça fait quinze heures que nous sommes dans le bus, on rencontre un autre problème; un camion arrêté en plein milieu de la route bloque tout le monde. On se sait pas vraiment si c’est une petite manifestation ou si quelqu’un a juste abandonné son camion à cet endroit. Ce problème est réglé en moins d’une heure lorsqu’un groupe d’hommes décide de le pousser sur le côté de la route.

Un vrai travail de groupe.

On arrive ENFIN à Sucre avec un nouveau record de temps passé dans un bus: un total de 19 heures.

Bonne nouvelle: la femme derrière nous a finit ses chewing-gums avant la fin du voyage et a arrêté de nous casser les oreilles.

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Categories: Articles en français

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