Quelques jours à La Paz

Suite à notre arrivée à La Paz, nous décidons de nous inscrire pour un tour à pied de la ville. Nous avons appris beaucoup de choses aussi intéressantes que surprenantes, que nous tenterons de résumer dans cet article.

Commençons avec la prison de San Pedro.

C’est un bâtiment rose situé en plein centre-ville. Il n’y pas de gardes dans cette prison; à la place, les prisonniers s’organisent entre eux en huit sections, chacune sous le contrôle d’un prisonnier élu comme leader.

Une fois envoyé à San Pedro, le prisonnier est seul. Il doit se trouver un logement, c’est-à-dire payer un loyer. Il doit donc aussi gagner sa vie au sein de la prison, ce qui veut dire se trouver un travail. Le prisonnier peut continuer le travail qu’il effectuait lorsqu’il était libre; cireur de chaussures, coiffeur, agent immobilier, avocat… ou bien sûr producteur de cocaïne (la cocaïne produite à San Pedro est connue pour être la plus pure du pays). Le choix de logement dans la prison va de minuscules cellules dans lesquelles s’entassent 20 personnes jusqu’aux cellules luxueuses de trois étages avec vue sur la ville. Bien que San Pedro soit une prison d’hommes, il s’y trouvent beaucoup de femmes et d’enfants; dans la plupart des cas, la famille des détenus préfèrent les rejoindre pour vivre au sein de la prison.

Lorsqu’un détenu ne respecte pas les règles de sa section, il reçoit quelques coups de couteau. Aussi simple que ça.

Mais il semble que l’ordre est maintenu la plupart du temps dans la prison. San Pedro n’est pas une prison pour détenus très dangereux; la plupart de ses occupants y sont pour des délits mineurs, accusés de corruption ou de traffic de drogues. Mais la police et les politiciens de La Paz ont leur manière de profiter de cette prison; si un criminel ou un violeur s’en prend à un des membres de leur famille, il sera envoyé à San Pedro, là où ces crimes ne sont pas admis par les autres détenus, et sera probablement battu à mort dès son arrivée. Il y a apparemment un homme de plus de 2 mètres surnommé “Le Muet” qui est chargé de violer et de tuer les violeurs qui entrent à San Pedro. Une manière pratique et discrète de se débarasser de personnes indésirables.

Quant à la cocaïne fabriquée dans la prison, elle est généralement discrètement emmenée à l’extérieur par les femmes, qui la cachent entre les nombreuses couches de leurs jupes. Sinon, les prisonniers la jettent carrément depuis leurs fenêtres, dissimulée dans des couches de bébé, afin qu’un complice la récupère à l’extérieur. Un de nos guides nous explique que c’est une fois arrivé en plein tour; une couche pleine de cocaïne a aterri juste a côté d’un groupe de touristes qui se sont empressés de prendre des photos avant que la police ne la confisque.

Il y a quelques années, un anglais nommé Thomas McFadden a été envoyé à San Pedro pour avoir tenter de sortir du pays avec 5 kg de cocaïne. Un soir, il paie un guarde à l’entrée de la prison pour qu’il l’emmène faire le tour des bars en ville. Ils boient ensemble, jusqu’à ce que le policier soit trop saoûl pour se rendre compte de quoi que ce soit, et Thomas ramène une touriste passer la nuit avec lui à San Pedro. 

La touriste se réveille le lendemain matin en prison et, bien évidemment, panique. Mais une fois calmée, elle trouve l’endroit très intéressant, et demande à Thomas s’il est possible de soudoyer les guardes à l’extérieur pour laisser rentrer ses amis pendant les heures de visites. Et c’est ainsi que les visites touristiques non-officielles de San Pedro (qui continueront pendant plusieurs années) commencent. La norme pendant cette période est de voir une queue de cinq boliviens venus visiter des membres de leur famille parmis trente touristes grands et blonds venus visiter Thomas.

Thomas a depuis été libéré, et les visites n’avaient plus que pour but de se procurer de la drogue. Après plusieurs cas de touristes retrouvés morts au sein de la prison pour cause d’overdose avoir pris de la cocaïne trop pure, les visites ont été définitivement interdites.

Voilà ce qu’on nous raconte dans les premières 10 minutes du tour, avant qu’on ait même commencé à marcher.

Le reste du tour n’en est pas moins intéressant. Les guides nous donnent quelques informations sur les femmes Aymara, appelés “cholitas”.

Un mannequin cholita

Nous avons remarqué depuis le Pérou que toutes les femmes Aymara portent en équilibre sur leur têtes de petits chapeaux melon qui ne semblent pas avoir de fonction particulière. On reçoit enfin une explication.

Au début du XXème siècle, les homme boliviens souhaitaient s’habiller comme les européens. Un groupe d’entre eux décide alors d’envoyer une commande à Borsalino pour plusieurs milliers de chapeaux italiens. Lorsque les chapeliers italiens reçoivent la commande, ils remarquent que les boliviens n’ont pas précisé de taille. Pensant que les boliviens ne sont généralement pas très grands, ils envoient un lot de chapeaux de petite taille. Les boliviens ne sont effectivement pas très grands, mais ils ont des têtes plutôt larges. Les hommes boliviens reçoivent donc les petits chapeaux qui ne leur vont pas, et, frustrés, réussissent à convaincre les femmes que c’est la dernière mode en Europe pour les femmes de porter ces petits chapeaux en équilibre sur la tête.

Depuis, c’est un peu leur marque de fabrique. Apparemment, porter le chapeau en équilibre les aide à avoir une bonne posture et à éviter les problèmes de dos. Les femmes n’hésitent pas à débourser plusieurs centaines d’euro pour faire importer un chapeau pour les occasions spéciales depuis l’Italie. Si une cholita porte le chapeau droit sur sa tête, cela signifie qu’elle est mariée ou dans une relation sérieuse. Si le chapeau est penché sur le côté, cela veut dire qu’elle est célibataire, divorcée ou veuve, et qu’elle est donc toute prédisposée à relever ses couches de jupe pour montrer ses mollets à d’éventuels prétendants, partie du corps la plus sexy pour les Aymara.

Les cholitas sont la principale source de revenus de leur famille et travaillent très dur. Elles ont la particularité d’être très jalouses l’une de l’autre. Au marché existe le concept de “casera”, c’est-à-dire la femme chez laquelle un client va TOUJOURS acheter ses fruits/légumes/épices/fromages… Ce concept est très important. Par exemple, si un bolivien achète des bananes d’une cholita puis essaie d’acheter des pommes d’une autre, la seconde femme peut les lui refuser sous prétexte qu’il pensait que ses bananes n’étaient pas assez bonnes. Si cela arrive et que le client retourne vers la première pour lui acheter ses pommes, elle peut également refuser sous prétexte qu’il n’aurait pas du aller voir ailleurs.

Une des activités proposées à La Paz est un match de catch de cholitas. Malheureusement, nous n’avons pas pu y assister puisque le spectacle ne se déroule que les dimanches.

Les guides nous donnent également une petite leçon d’histoire sur les présidents de la Bolivie. Vous seriez surpris de savoir combien d’entre eux ont été tués dans le palais présidentiel puis jetés depuis le balcon (très récemment).

Ils nous expliquent ensuite une très bonne initiative du gouvernement; des jeunes issus d’orphelinats se déguisent en zèbres et aident à arrêter les voitures aux passages piétons pour que les gens puissent passer tranquillement. Le gouvernement leur verse un salaire entier pour leur travail, tant qu’ils restent à l’école et ont de bonnes notes.

Finalement, les guides mentionnent des cas récents de sacrifices humains pour la Terre Mère lors de la construction de grands bâtiments. Bref, que d’informations incroyables. Tour vivement recommandé pour tout le monde se trouvant à La Paz!!

La ville en elle-même est très intéressante visuellement; c’est la plus haute capitale du monde, située dans une sorte de bol entouré de montagnes. Récemment, la ville a inauguré deux lignes de téléphériques pour passer d’un niveau de la ville à un autre. Une troisième ligne va ouvrir sous peu, et cinq autres sont en projet. La Paz compte devenir la ville des téléphériques, ce qui ne fera à mon avis qu’ajouter à son charme.

Nous montons dans un téléphérique de la ligne rouge pour pouvoir observer la ville vue d’en-haut.

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On visite aussi les nombreux marchés de la ville, où on trouve un peu de tout; nourriture, textiles mais aussi des foetus de lama et des potions concoctées par les sorcières très réspectées ici.

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La Paz est une ville très plaisante à visiter, marquée par beaucoup d’histoire et avec une culture incroyable. Je trouve qu’il en émane également l’agréable ambiance d’être une ville qui va de l’avant socialement et économiquement dans un pays qui a connu de nombreuses améliorations dans les dernières années.

On quitte la ville pour une prochaine aventure: nous allons descendre la route la plus dangereuse du monde à vélo, route qui rejoint La Paz à la petite ville de Coroico.

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Categories: Articles en français

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